vendredi 1 juin 2012

GSD et les sept familles

Suite à mon précédent article où j'indiquais ne pas connaître l'appellation de la technique de GSD ; j'ai pu apprendre sur son site Un vêtement autre qu'elle est dénommée "coupe en un seul morceau", d'autres diront "coupe d'un seul tenant". Bref, je trouve ça bien long et préfère le terme anglais "one piece" bien plus évocateur à mon sens. A ne pas confondre bien sûr avec les vêtements de l'antiquité ou les vêtements orientaux, qui sont fait d'une seule pièce, en général un rectangle, drapé sur le corps mais maintenu de diverses manières par des éléments rapportés, comme par exemple une broche ou par des plis comme le sari. Ici, il s'agit d'un vêtement fait d'un seul morceau mais assemblé par une ou plusieurs coutures qui lui donne une forme.
Cette technique n'est pas la création de Geneviève Sevin Doering. Madame Grès, dont j'évoquais la récente exposition rétrospective ici, en a également réalisé. Quelques années avant elle, Paul Poiret aussi, j'avais d'ailleurs fait un article avec des détails de coupe avec notamment la Nightgown qui est faite d'une seule pièce - un rectangle - retenue par une broche. Sans compter, j'imagine, d'autres créateurs dont je n'ai pas encore connaissance ! Mais c'est elle qui, sans conteste, a développé et systématisé ce procédé dans ces créations depuis les années 1960 jusqu'à aujourd'hui.
D'après les descriptions que j'ai pu lire (car je n'ai pas encore essayé), c'est vraiment le patron qui ait mis en avant car le temps de réalisation du patron est plus important que celui du montage qui - apparemment - avoisine les quinze minutes ! GSD a mis en place un système de classement de ces patrons en sept familles suivant leur coupe qui ont tous un point commun : pas de coutures d'épaule. Cette créatrice a remis en cause toutes les grandes traditions de la couture et notamment celle de la coupe à plat qui divise le corps en parties égales et le contraint sous tous les angles : coutures de coté, coutures d'épaules, pinces de poitrine, etc. D'ailleurs, GSD considère les coutures d'épaules comme une fragilisation dans l'équilibre du vêtement : "parce que je venais de réaliser que l'équilibre ne venait pas d'en bas, mais d'en haut et qu'il ne fallait donc pas couper les vêtements à l'épaule." Dans les quelques vêtements que j'ai pu confectionner sans couture d'épaule, notamment le shrug de Yamamoto et le haut d'Alix, j'ai pu comprendre aussi  qu'il y a plus d'aisance de mouvements et de confort dans ce type de construction de vêtement.
Ci-dessous quelques illustrations de ces sept familles. A première vue, c'est assez énigmatique, le mari de GSD retravaillant les tissus par teintures et patines, cela accentue l'effet "test de Rorcha".

Famille asymétrique / Famille du collant / Famille Dufilho
source des plans de coupe

Famille du combiné / Famille Juliette / Famille portefeuille / Famille princesse
source des plans de coupe



Brief translation of "GSD and the game of seven families"
Here are some pictures of the "seven families of patterns" made and classify by GSD. All this patterns are made by the technic she improved which is called "the cut in one piece" (you can find others on her website Un vêtement autre). I just said that, by knowledge, she is not the inventor of it (Madame Grès did some here, Paul Poiret Nightgown also earlier, and certainly a full of other designers), but she is the one who really used it each time and make it perfect since 1960.
I read that in this method the pattern is the centerpiece of the work : the mounting is only about fifteen minutes.There is also on other point in common in all her patterns : there is no seam at the shoulder. GSD thought that this is tis particular point that weaked and imbalanced the clothe. In the uncommon clothes I did without shoulder seam, like Yamamoto's shrug or top of Alix, I do appreciate not having it.

lundi 28 mai 2012

GSD et l'art de la découpe

On m'a parlé d'elle il y a bien au moins cinq années car j'ai toujours été fascinée par les pièces textiles faite à partir d'une seule pièce, mais à ce moment-là on n'a pu ni me préciser le nom de son procédé ni son propre nom, je savais juste qu'elle habitait parmi le million d'habitants qui peuplent Marseille. J'étais donc très heureuse d'apprendre que cette personne existait réellement en feuilletant par hasard le livre de Jean-Charles Trébbi L'art de la découpe, livre principalement axé sur le papier mais qui consacre un chapitre très intéressant à la "découpe vestimentaire", que j'ai acheté aussitôt... Article réjouissant de Sophie Milenovich dans lequel j'ai pu constaté que ces trois double pages en disent bien plus long que les livres paraphrasés qu'on trouve en nombre sur la mode aujourd'hui et qui n'apprennent malheureusement pas grand chose. De la coupe orientalisante et parfaite du kimono, à la coupe occidentale structurée quasi "orthopédique" du moyen-âge puis à la maîtrise technique de Madeleine Vionnet, l'histoire du vêtement retrouve son évidence par ses descriptions sur la découpe en finissant en apothéose sur la période actuelle avec notamment les travaux de Geneviève Sevin Doering (GSD).

L'art de la découpe, Jean-Charles Trébbi, Editions alternatives, 2010

Par la suite, j'ai pu rattrapé mon retard. Chronologiquement parlant, une bonne partie de la première revue du musée de la Mode de la Marseille lui a été consacré (suite à une exposition personnelle en 1999), une autre exposition au Centre de design de l'Université du Québec à Montréal en 2000 puis elle a figuré au catalogue d'une exposition sur les patrons Patronen au MOde MUseum d'Anvers en 2003. Un reportage de 52 minutes lui a été consacré sur France 3 Dans l'Armoire du Monde en 2006 (mais je n'ai pas réussi techniquement à le visionner) et elle a écrit un livre sur ses recherches Itinéraires en 2007 et son propre website Un vêtement autre. A noter également un dossier spécial de la revue Nickel en 2007 ; le Modalogue a également écrit un petit article à la suite d'un workshop passé avec elle.

Exposition "Formes et matières. Un vêtement autre", Centre de design (Québec), 2000
source photographique Michel Brunelle

Translation of "GSD and the art of cut"
Five years ago, someone told me about an old that was living in Marseille who worked on cutting in one piece. But it was no easy for me to find things about her because I didn't know the name of her technique even her own name. I begun to think she did not exist. But, one day, I found a book called L'art de la découpe by Jean-Charles Trébbi : it's a book about paper cutting but there is also a small part on "the art of clothing cutting". This part was written by Sophie Milenovich, it's just six pages in the book but it was much more interesting that all the books about fashion that are full of paraphrases where you can learn nearly nothing. To oriental cut by ending with the perfection of the kimono to the strutured occidental cut, the history of clothes find his truth by the description of cut apothéosis in the actual cut with the work of Geneviève Sevin Doering (GSD).
After this, I can easily catch up my delay. Chronologically, I found the first publication of the musée de la Mode de Marseille in 1999 after a personal exhibition, an other exhibition in Québec in 2000, a pattern in the catalogue of the MOMU in Anvers in 2003. In 2006, it was a 52mn report on TV ; a biography in 2007 and also her own website. Some interesting articles can be find on the web : one by Nickel and one by Le Modalogue who did a workshop with her.

dimanche 27 mai 2012

Jikatabi

A défaut d'avoir celles-ci qui me font rêvées mais qui coûtent trop chères pour moi...

Tabi Boots, Maison Martin Margiela, 2010

Je me console avec celles-ci : de vrais japonaises. Les "Tabi Boots" de Margiela sont sans conteste très inspirées des "jika-tabi", mais pour une fois mon coeur balance plus pour la copie que pour l'original ! J'ai pris une photo juste après le passage d'un cheval sur la plage : quand je les porte on me dit souvent que ça donne l'impression de voir des sabots de chevaux, certains y voit même un petit côté diabolique !

Jika-tabi et traces de cheval sur le sable

Translation of "Jikatabi"
Instead of those one that I dreamed of but are two expensive for me...I comfort myself by having the real japanese boots. The "Tabi Boots" by Margiela are very inspired by the "jika-tabi" : but - this time - I'm really fond of the copy ! I just take the picture after a horse's walk on the beach. When I wore them, people are used to tell me that my feet look like horseshoe, or are a little bit devilish !

O

Les livres de couture japonais sont géniaux : beaucoup moins compliqués que les ouvrages occidentaux type Burda, avec de jolies images, avec des modèles actuels, et des explications très simples. Ca peut surprendre car je suis loin de lire couramment cette langue : chaque patron est tout simplement accompagné de dessins avec une précision si "japonaise" qu'il n'y a pas besoin de savoir le lire. J'ai d'ailleurs été déçue de voir que certains de ces livres ont un tel succès en France qu'on les trouve aujourd'hui traduit. C'est dommage car d'une part ça perd tout son charme, et d'autre part - dans certaine version - les dessins ont été remplacés par des photos avec les vêtements en cours de montage qui sont très laides !
Voici un exemple de modèle, le "0", dont j'ai fait deux robes. Le patron est extrêmement simple : il est composé de deux morceaux à tracer directement sur le tissu sans aucune ligne courbe. Le montage est lui aussi simple, mais un peu déroutant car un peu "à l'envers" de tout de ce que j'ai pu apprendre : les finitions (surjets) se font au début et l'assemblage relève plus de l'origami (dans une même couture on relie à la fois les coutures de côté de la robe et la couture des manches alors que d'habitude c'est plutôt coudre chaque élément séparément puis les assembler, soit trois étapes en une pour la méthode japonaise)

Le modèle O et son patron

Une O n°1

Ma O n°2 "verso"

Ma O n°2 "recto

Idle Translation of "O"
Here are two dresses made from japanese sewing book, O model. I really appreciate those books, even if I don't understand a word : the simple design of the pattern and the exact sketches of the way to  sew them are sufficient. This one is especially simple : it is just two parts without curved lines at draw directly on the material. The stage is a little bit disappointed because it's like beginning by the end, but - when you did it - you can realize that it's also very brilliant, very inspired by origami that are finally much more simple to do.

mardi 20 mars 2012

Matou

Rien à voir avec un gros chat, "Matou" est un court métrage de Isam Hirabayashi diffusé dernièrement sur Arte avec d'autres "regards" sur le post-Fukushima.
"Matou" signifie "s'habiller" et retranscrit bien ces trois minutes de film où l'on voit la même personne s'habiller et se déshabiller en fonction de son âge. C'est filmé à la japonaise, comme un manga, qu'occidentaux nous commençons par la fin pour finir par le commencement : c'est très symbolique, et, en plus, esthétiquement c'est très beau. Ces gestes quotidiens et intimes ressortent d'autant plus sur la morphologie longiline d'une japonaise avec ces vêtements si typiques avec entre autres l'écolière en uniforme, la gothic lolita, la working girl, la ménagère, la grand-mère ou la geisha divine. J'aime ces gestes et la façon dont chacun manipule les matières de ces vêtements pour les mettre soit comme la tradition l'impose soit à son goût.
Ce court métrage est visible le site d'Arte. Il y en a un autre sur Fukushima qui s'appelle "Aveugle" où l'on voit un Japon irrespirable où les habitants se déplace avec des masques à gaz, les filles en portent des colorés avec des paillettes !
















Incomplete translation of "Matou"
This a short film of Isam Hirabayashi after Fukushima named "Matou"that means "get dressed". Very beautiful images and very symbolical film : it began with the death and finished with the birth. Every step of japonese woman lifestyle from the schoolgirl to the geisha passing by the gothic lolita, the working girl and so on. Love the details of dressing.

dimanche 18 mars 2012

Dentelle aux fuseaux / 3

Pendant la trêve hivernal des cours, j'ai réussi tout de même à faire quelques exercices techniques toute seule à partir du livre de La Dentelle aux fuseaux de A à Z. C'était pas vraiment gagné d'avance, d'une part parce qu'on s'habitue au démonstration en "live" (et si il y en a plusieurs, même, c'est mieux !) et d'autre part parce que le vocabulaire employé dans le livre n'est pas le même que celui des cours : il a donc fallu "traduire".

Echantillons 1 et 2 : le pied Cluny avec 3 paires de fuseaux
(le meneur ou traversier est la paire qui fait le zig-zag
les autres sont les guides qui descendent droites)

Echantillons 3 et 4 : pied de 4 paires en cordes de 2
(et de 8 paires en cordes de 4)

Echantillon 5 : entre-deux avec une corde reliant 2 pieds Cluny

J'ai pu terminé l'incrustation commencé ici, beaucoup plus réjouissante à travailler qu'un exercice rectangulaire.

Dentelle pour incrustation
Technique : entrée et sortie de paires de fuseaux avec picots

Translation of "Bobbin Lace / 3"
During winter respite of bobbin lace's lessons, I have made some exercices alone with a book. It was a bit difficult because I was used to have real demonstration and because the technical vocabulary was not exactly the same and I had to translate it ! 
Here are also the lace inlay I have begun here, which was more funniest to realize than rectangular work.

dimanche 11 mars 2012

Widows of Culloden

Il suffisait que j'en parle ici il y a quelques jours pour que je puisse l'avoir... la photo de la robe McQueen, merci Sloppy ! Bon, c'est un peu de la "copie" : en même temps les grands peintres copient longtemps leurs maîtres avant d'acquérir suffisamment de technique pour créer leur propre style : pour moi il en est de même dans le domaine de la couture.
J'ai commencé à réaliser cette robe il y a fort, fort, longtemps : je l'ai commencée (en 2008 ?), puis laissée de côté (trop compliquée), puis finalement reprise car la personne pour qui je l'ai réalisée en a eu une besoin pour l'été 2010. Entre temps, Alexander McQueen est mort en février 2010 et je n'ai appris sa mort que trois jours après : j'étais choquée que la presse n'en parle pas plus que ça. Bref, travailler sur cette robe, à ce moment-là, c'était un peu lui rendre hommage. 
C'était un réel défi de coupe (faire ce patron avec les raccords de motifs, c'était une première), de réalisation (bâtir chaque couture précisément pour que les raccords fonctionnent parfaitement), de matière (très fier d'avoir réussi à trouver une dentelle dans le même esprit), de copie (retranscrire les détails de la robe : la découpe particulière des manches, la sous-jupe en tulle, le jabot plissé...). Mon seul regret : j'aurai aimé pouvoir l'essayer et la "taxer" ne serait-ce qu'une fois, mais je rentre pas dedans, dommage !!!

Robe en tartan d'inspiration McQueen

Robe, Alexander McQueen, A/H 2006-2007, défilé : Widows of Culloden

La robe dans le catalogue et l'exposition Savage Beauty au MET

Translation of "Widows of Culloden"
I was juste talking about it there that I just received the picture I wanted, thanks to Sloppy ! Yes, it really looks like a "copy" : but I do think that great painters needed to copy their masters during a long time before having their own style : it's the same thing for the sewing world for me.
I began to realize this dress a long, long time ago : I began her (in 2008 ?), I let her (because it was too complicated) and I finally finished her because I made her for a friend who needed her for summer 2010. Between time, Alexander McQueen died in february 2010 : I learnt his death three days later and I was shocked that in France reporters didn't seem to care about. So, making that dress in that particuliar moment was a kind of tribute.
But it was also a real challenge of cut (it was my first time with cutting tartan in biais), of sewing (it needed precised hand stichtes to get the perfect connection with tartan square), of materials (I was really proud of founding a nearly similar lace), of copy (to be able to translate the details : the pleated jabot, the "tulle" underskirt, the sleeves'cut..). My only regret was to be not able to fit the dress anymore, what a pity !