mardi 27 décembre 2011

La fabrique de l'histoire

Premier des trois "reportages" sur l'histoire du vêtement sur France culture. Bon, ça date de l'année dernière, je ne suis pas très à jour, mais ça a le mérite d'être toujours disponible, même après 55 jours ! Très intéressant échange du journaliste avec l'écrivain Madeleine Chapsal, fille de Marcelle Chaumont et filleule de Madeleine Vionnet (avant de lancer sa propre griffe dans les années 1940, sa mère était première d'atelier chez Madeleine Vionnet). Le temps de l'entretien, j'ai vraiment eu l'impression de plonger dans les années 1930, dans la haute-couture et dans les coulisses de ses ateliers : que ça a dû être formidable de pouvoir assister aux défilés dès l'âge de trois ans et d'aller déjeuner souvent chez Gabrielle Chanel !
Madeleine Chapsal revient sur l'ambiance de la Maison Vionnet, de ces premières fidèles clientes "demi-mondaines", de ses avant-gardes, de ces ouvrières et de ces modèles (1200 employés), de tous ces détails de vêtements cousus avec passion à la main... A la liquidation de la maison Vionnet en 1940, sa mère créa alors sa propre marque avec des "ersatz" et présenta sa première collection au Bon Marché. La chambre syndicale tenta aussitôt de l'interdire et parla de déshonneur pour le monde de la couture : sa mère inventa les prémisses de ce que sera bientôt le prêt-à-porter avec seulement un essayage au lieu des trois minimum qu'imposent la haute-couture. Elle dut d'ailleurs utiliser un pseudonyme "Juliette Verneuil" et engager une actrice pour jouer son rôle à la présentation de son défilé ! C'était également particulier de monter sa maison de couture pendant la guerre (Jacques Fath l'a fait également) mais Madeleine Chapsal explique bien que dans ces années-là c'était important de maintenir une activité : "l'élégance était une sorte de résistance".
Madeleine Chapsal décrit avec attention les différents aphorismes de Gabrielle Chanel et de Madeleine Vionnet. J'aime beaucoup celui de cette dernière qui disait que "le corps n'a pas de couture", c'est une expression qui reflète bien sa liberté de création. Elle revient d'ailleurs rapidement sur l'exposition consacrée en 2010 à cette créatrice " Madeleine Vionnet, puriste de la mode", et avoue - et c'était mon impression en la voyant également - que malgré la beauté des robes et la magie des patrons, la plupart des robes sont tout de même passées de mode et peu portables aujourd'hui. Pour le plaisir, une vidéo de l'exposition (qui vient du blog Le Modalogue) et de cette robe particulière crée à partir de quatre losanges identiques simplement maintenus par une ceinture (intéressante animation dans le même style que celle sur Poiret dont je parlais récemment ici).

Robe mouchoir "quatre losanges", Madeleine Vionnet, hiver 1920

Translation of "History's factory"
Interesting radio interview of the writer Madeleine Chapsal that you can listen here. This woman is the daughter of Marcelle Chaumont and the goddaughter of Madeleine Vionnet, and she is talking about her childhood when she was going to the catwalk since she has three years old and was used to eat with Gabrielle Chanel, so chic !
She is describing the atmosphere of the Maison Vionnet and her mother own label creation at the closure of Maison Vionnet in the 1940's. Her mother had a lot of troubles when she wanted to present her first catwalk at the Bon Marché because she was the first one who thought  about a sort of Prêt-à-Porter : her collection only needed one fitting in stead of three fittings (at least) in Haute Couture, what a dishonor at that time ! She is also explaining that it was important at the time to create, even if it was during World War 2, because "the elegance was a sort of resistance".
She is transcribing thoroughly Vionnet or Chanel's aphorisms. My favorite is Vionnet's aphorism about the body : 'The body had no seams" that was emphasized by the exhibition that took place in Paris in 2010. Madeleine Chapsal had that same impression that I had when I saw it : whereas the dress was beautiful and the patterns incredible, it seems a little bit old-fashioned. For pleasure, a video from the exhibition (and from that blog Le Modalogue) who shows that particular dress made from four identical lozenge just hold by a belt (remarkable animation in the same style of the one on Poiret that I was refering to recently here).

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